Ivan, un orphelin d’une dizaine d’années, sert d’espion à un détachement de l’armée russe pendant la Seconde Guerre mondiale. Le propos d’Andreï Tarkovski, dans ce premier film qui préfigure toute son œuvre à venir, ne semble pas tant de raconter la guerre que d’en donner une sensation. Le spectateur assiste à des espèces de fulgurances plutôt qu’à des scènes d’action : réminiscences ensoleillées de l’enfance d’Ivan avec sa mère, longs plans fixes des hommes inoccupés au quartier général, traversée nocturne de marais en barque, zoom sur un crucifix, travellings oniriques sur une silencieuse forêt de bouleaux… Tous ces somptueux tableaux en noir et blanc accompagnés majoritairement de silences ou de bruits d’eau, créent une atmosphère contrastant avec la réalité tragique de la guerre. « Est-ce bien la der des der ? » s’interroge, anxieux, un jeune lieutenant à la fin du film.
Sabine de la Moissonnière, Éduquer par le cinéma, 2023