Creusé tant sur le plan psychologique que spirituel, le film dépeint le bouleversement de vies ordinaires par l’irruption du mystère. Les bergers sont d’une grande fraîcheur : leur piété n’entame pas leur simplicité, rendant plus sensible le fait qu’ils n’aient pas été choi sis par la Vierge pour leur érudition ou leur perfection. Le personnage de Lucie, point focal du film, est particulièrement émou vant. L’ensemble demeure véritablement pédagogique, par l’entremise d’un parti pris réaliste : le contexte fortement anticlérical qui règne dans le Portugal de 1917 explique la pression psychologique exercée sur les enfants, tout autant que la prudence – qui confine à la lâcheté – des autorités ecclésiastiques.
Enfin, on sera sensible au ton général du film : loin de l’humanisation du divin rencontrée dans certains films chrétiens, le mystère de ces apparitions mettant le Ciel en contact avec la terre est pleinement préservé. Les choix de mise en scène restituent à l’apparition de Marie, par ailleurs très belle, son caractère surnaturel. En définitive, il semble que Fatima soit une magnifique œuvre sur la conversion des cœurs. Si les questions du professeur Nichols sont d’apparence provocatrice, elles traduisent les multiples interrogations pouvant animer chacun face à la dimension surnaturelle de la foi. Dans un très beau cheminement, le professeur est conduit au cours de l’entretien à accepter qu’on ne peut expliquer le mystère mais simplement s’incliner devant lui. Dans l’histoire de 1917, la mère de Lucia constitue la prolongation de ce personnage : d’une grande foi, elle est pourtant réfractaire au mystère dont elle peine à accepter la pleine gratuité, qui n’attend pas notre sainteté pour se donner.